Les travaux de recherche de Claire Blanche-Benveniste (3/)
par Magali Rouquier, Sandrine Caddeo, Frédéric Sabio

Jacques Monfrin, "prince des philologues", écrit la préface de l’ouvrage Le Français parlé. Transcription et édition :

"C’est la première fois que des formulations aussi fermement fondées en théorie, aussi réalistes, aussi complètes et précises sont mises à la disposition des travailleurs. Cette démarche évoque les instructions depuis longtemps diffusées parmi les médiévistes ; nous sommes ici bien loin du moyen âge, et des textes toujours "écrits" que nous livrent les manuscrits : tout parallèle entre des situations radicalement diverses serait artificiel. Mais la lecture de ce livre ne dépayse pas le médiéviste ; elle invite à faire retour sur lui-même ; sur le sens des irrégularités qu’il observe constamment dans son domaine, sur les difficultés qu’il a à les présenter. J’ai retrouvé dans Étudier et éditer le français parlé des préoccupations que Mario Roques et Robert-Léon Wagner (Claire Blanche-Benveniste a été profondément marquée par son enseignement) avaient parfois formulées avec précision […]" (Le Français parlé. Transcription et édition, 1987)

Dans cet ouvrage écrit avec Colette Jeanjean, Claire Blanche-Benveniste met vigoureusement en cause l’assimilation – courante à l’époque – du français parlé au français populaire :

"Quand on parcourt une documentation sur le français parlé depuis le début du vingtième siècle, on est frappé par la persistance de quelques grands mythes qui ont pour effet de "séparer" ce qu’on appelle le "français parlé" de l’ensemble de la langue ; on le voit retranché, mis à l’écart – pour le décrier comme pour l’encenser. Assimiler le parlé au populaire, c’est le retrancher du français légitime ; y voir la source des innovations ou des conservatismes, c’est le retrancher dans le temps ; opposer le parlé à l’écrit, c’est lui assigner une place bien à part ; l’accabler d’étiquettes et de "niveaux", c’est vouloir le cantonner dans certaines activités de langage et l’exclure des autres. Toutes ces séparations sont faites, en général, sans la moindre étude sérieuse préalable. On sépare le français parlé du reste avant même de savoir en quoi il consiste, avant de l’avoir défini, comme s’il s’agissait là d’une évidence. Ces mythes séparateurs circulent dans ce qu’on appelle "l’opinion commune", certes ; mais ils se glissent aussi dans les études de bien des spécialistes. […]"

A ce "reste" et à ce français parlé, Claire Blanche-Benveniste donne le nom de "français tout court" :

"Ce faisant nous avons l’idée de décrire, non pas spécifiquement du <français parlé>, avec toutes les connotations que cette désignation comporte habituellement, mais du <français tout court>." (L’importance du "français parlé" pour la description du "français tout court", 1983).

Le français parlé (suite