Les travaux de recherche de Claire Blanche-Benveniste (2/)
par Magali Rouquier, Sandrine Caddeo, Frédéric Sabio

Le français parlé

Claire Blanche-Benveniste s’intéresse dès les années 1970 au français parlé et fonde avec ses collègues du département de linguistique française (José Deulofeu, Colette Jeanjean, Jean Stéfanini et André Valli) l’équipe de recherches du GARS (Groupe aixois de recherches en syntaxe), ainsi que la revue Recherches sur le Français Parlé (RSFP) qui sera publiée de 1977 à 2003.

Dans le domaine de recherches du français parlé, elle joue un rôle de pionnière tant elle apporte de contributions majeures : en 1987, Le français parlé. Transcription et édition (en collaboration avec Colette Jeanjean, dont Jacques Monfrin écrira la préface) ; en 1990, Le Français parlé : études grammaticales (avec M. Bilger, Ch. Rouget et K.van den Eynde) ; en 1997, Approches de la langue parlée en français (réédité en 2010) ; en 2002, Choix de textes de français parlé (en collaboration avec Ch. Rouget et F. Sabio) ; et enfin en 2010, Le français. Usages de la langue parlée (avec Philippe Martin).

Quand Claire Blanche-Benveniste commence à travailler sur le français parlé dans les années 1970, sa première tâche est de constituer des corpus de textes dans une époque peu propice à de telles études. Elle constitue des corpus de français parlé avec ses étudiants de licence et de maîtrise. Par le soin porté à l’édition de textes de français parlé, elle réutilise pleinement sa formation de philologue romaniste. Plusieurs publications ou chapitres d’ouvrages portent sur les méthodes d’édition de textes de français parlé. Elle privilégie une transcription orthographique des textes :

"La forme graphique des mots est celle des dictionnaires, y compris pour les majuscules sur les noms propres et les onomatopées […] Aucun trucage de l’orthographe n’est admis, même pas le procédé très répandu qui consiste à mettre une apostrophe pour signaler qu’une voyelle ou une consonne graphique, habituellement prononcée est absente." (Approches de la langue parlée en français, 1997, p. 29 sqq.)

Claire Blanche-Benveniste rappelle qu’il ne suffit pas d’entendre pour bien transcrire des textes oraux, il faut aussi se munir de règles de base et elle nous met en garde contre notre naïveté sur la perception de ce que l’on croit entendre :

"[…] Pour les verbes du premier groupe, le participe passé acheté et l’imparfait achetait sont identiques. Si le verbe commence par [a], le passé composé "a acheté" peut être entendu de la même façon que l’imparfait : elle a acheté, elle achetait.
Les transcriptions attentives retiennent les deux versions, correspondant toutes deux à des séquences bien formées : elle /a acheté, achetait/
Mais, si on ne croit pas à la bonne formation des énoncés en français parlé on peut être tenté de proposer, pour la même perception auditive, d’autres solutions de transcription, grammaticalement mal formées : *elle acheté, *elle acheter.
De telles transcriptions laissent penser que le locuteur a une grammaire défaillante : il ne saurait pas utiliser "correctement" l’auxiliaire. C’est là que le transcripteur inexpérimenté jurera qu’il a pourtant "bien entendu", sans voir que la seule donnée perceptive ne suffit pas à faire de bonnes hypothèses sur le texte." (Transcription de l’oral et morphologie, 2000)

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